Alexandra David-Néel
1868 -1969
Louise Eugénie Alexandrine Marie David est née à Saint Mandé près de Paris le 24 octobre 1865. D'un père républicain, très engagé politiquement et compagnon d'exil de Victor Hugo, et d'une mère catholique d'origine scandinave, Alexandra est loin d'être heureuse. Elle consacrera toute sa longue vie à une de ses plus grandes passions : l'exploration.
Elle
fugue une première fois à l'âge de 2 ans par la porte
restée entrouverte, mais n'ira pas bien loin. Puis, elle récidive
à l'âge de 5 ans dans le but de visiter les bois de Vincennes
et ses parents sont obligés d'engager des recherches officielles pour
la retrouver. La situation s'empire lorsqu' à la même époque,
son petit frère naît, mais elle semble soulagée quand
il meurt six mois après ! De plus, les circonstances politiques redeviennent
dangereuses pour son père et la famille décide d'aller vivre
à Bruxelles où elle passera la plus grande partie de sa jeunesse.
Jeunesse difficile, causée par le manque d'amour de sa mère
(qui s'attendait à avoir un garçon), et l'environnement trop
bourgeois auquel elle essaiera d'échapper.
" J'ai pleuré plus d'une fois amèrement, ayant la sensation profonde de la vie qui s'écoule mes jours de jeunesse qui passaient vides, sans intérêt, sans joie. Je comprenais que je gâchais un temps qui ne reviendrait jamais, que je perdais des heures qui auraient pu être belles. Mes parents, comme la plupart des parents-poules qui ont couvé, sinon un aigle de grande taille du moins un diminutif d'aiglon épris de libre vol à travers l'espace, ne compenaient rien en cela et , quoique pas plus méchant que d'autres, ils m'ont causé plus de mal que ne l'aurait fait un ennemi acharné."
A l'âge de 15 ans elle part toute seule en Angleterre, en passant par les Pays-bas, revient lorsqu'elle n'a plus d'argent et repart à 17 ans , à pieds, en direction des lacs Italiens, des Alpes et de la Suisse avec pour tout bagage un imperméable. Sans oublier son escale en Espagne à bicyclette. Pour chaque voyage qu'elle choisissait, elle s'arrangeait pour prendre l'itinéraire le plus long avec le moyen de locomotion le moins rapide !
En 1889, ayant obtenu sa majorité, elle quitte sa famille et entreprend plusieurs études qui la conduiront vers son intérêt pour le Tibet. Alexandra poursuit aussi des études musicales et lyriques et obtient un succès qui fera d'elle première chanteuse de l'opéra en 1895. Elle fait des tournées en Grèce, en Afrique du Nord et dans les provinces françaises, cependant elle abandonne cette carrière qu'elle n'aime pas et qui la faisait pourtant voyager ! Mais ce n'était pas la ville qui l'intéressait, c'était les déserts. Ce n'était pas le bruit des bravos qui l'animait mais le silence des montagnes.
En 1904 elle accepte de devenir directeur artistique du casino de Tunis et c'est là qu'elle se marie à l'âge de 36 ans avec Philippe Néel, ingénieur en chef du chemin de fer. La même année son père meurt et tout le reste de sa famille est surprise de cette union, Alexandra ayant été une féministe acharnée. Mais elle est loin de ressembler à la typique femme au foyer et continue d'écrire, voyager, assister à des concerts et donner des conférences. Philippe, compréhensif, participe à la passion de sa femme et lui propose plusieurs petites croisières à bord de son voilier, qui ne lui suffiront pas…
1911, Alexandra est prête pour le grand départ et promet à son mari de revenir dans 18 mois, elle ne reviendra que 14 ans après ! Pendant tout ce temps, elle gardera le contact avec son mari en lui écrivant à quel point il lui manque et à quel point elle a besoin de lui mais continue à lui demander de l'argent pour finir son voyage.
Elle passera par Ceylan, l'Inde et Sikkim. En 1914, lorsque la guerre commence à faire rage en Europe, Alexandra vit comme ermite en Himalaya et fait la connaissance d'un jeune tibétain, Yongden, qu'elle adoptera et qui l'accompagnera dans tous ces voyages. Elle sera expulsée une première fois du Tibet et voyagera à travers l'Inde, la Birmanie, l'Indochine, le Japon, la Corée et la Chine. Déguisée en mendiante elle arrivera à Lhassa en 1924.
Elle revient en France en 1925, toujours accompagnée de Yongden, mais l'idée de revivre avec Philippe est exclu. Toutefois, elle n'hésite pas à lui emprunter de l'argent jusqu'au moment où elle gagner assez avec ses publications.
Elle fera plusieurs allez retour par la suite. Elle retourne une 1ère fois en Extrême-Orient en 1937, mais revient en 1946 lorsqu'elle apprend la mort de son mari et s'installe à Digne. Ayant atteint un âge avancé elle se retire dans les montagnes pour trouver silence et continue d'écrire des œuvres traitant de philosophie, d'anthropologie, d'orientalisme, de philologie, de découvertes géographique et bien d'autres domaines encore…
Son fils meurt en 1955, d'un empoisonnement urémique aigu. Alexandra souffre d'arthrite, elle ne peut plus marcher mais a encore l'esprit vif. Son centième anniversaire est fêter à Digne et elle reçoit la même année la Légion d'Honneur. Elle meurt le 9 septembre 1969 et est incinérée à Marseille.
Après sa mort ses possessions sont divisées : sa bibliothèque appartient au Musée Guimard oû elle a étudié et ses œuvres d'arts sont partagées en plusieurs musée et sont pratiquement introuvables. Le revenu de ses publications est destiné à la commune de Digne comme héritier légal.